Quand, ne pouvant sortir de chez moi pour me rendre à la médiathèque, j'ai décidé de choisir de commander ce livre sur internet, je me suis comme d'habitude laissé tromper par les présentations rencontrées.
Deux prix ! Pour ce livre de 440 pages auto-édité, le second de l'autrice seulement, et applaudi de façon dithyrambique par les lecteurs, cela pouvait surprendre. Mais moi qui cherchais l'évasion, le rêve, la beauté, tout ce dont manque notre quotidien actuel, j'imaginais que le vieillard en question, bien désigné pour rendre le moral à une ado déprimée, allait parler du monde, de pays lointains, d'escales enchantées.
La quatrième de couverture du moins semblait le suggérer...
Hélas, ce n'était pas ça du tout. D'abord, était-ce un livre pour adultes ? L'héroïne, affublée de mon propre nom de famille ("Maillard"!! Était-ce justement pour me déprimer davantage ?) reste du début jusqu'à la fin une écolière, dont tout le parcours reste centré autour de ses classes de lycée.
Charmant, pour l'évasion.
C'est donc son cours d'Histoire qui sert de pivot à toute l'aventure. Ah bon ? Moi qui voulais quitter l'univers sinistre actuel de la guerre en Ukraine, à Gaza, et de toute la violence qui nous environne, eh bien, je me retrouvais lancée dans la Guerre d'Indochine, dans les bombardements de 1944, dans la Guerre d'Algérie, avec une écrivaine qui clamait que le plus important au monde c'est l'histoire car celle-ci retrace la vie des gens ! Eh oui, une jeune fille peut-elle rencontrer un petit vieux autrement qu'autour d'un cours d'histoire ? Bien sûr, puisqu'il va évoquer ses souvenirs de guerre ; et pourquoi ? Pour un devoir ! Et on a droit à la note ! Et aux encouragements du professeur qui veut que le papy vienne témoigner en classe !... Où est l'évasion et les trois "tours du monde" dans tout ça ?? Pour moi, l'Histoire dépasse le bout de notre nez : dans l'antiquité aussi il y avait des gens qui vivaient, et dans certaines civilisations que l'on est en train d'exterminer aussi, il y a eu des gens qui ont vécu autrement !
Je vais de déception en déception : comme annoncé par un commentateur grincheux que j'ai trouvé en cherchant les "commentaires négatifs" (très rares) sur ce bouquin, le livre s'avère bientôt riche en fautes d'orthographe oubliées, ce qui est fort dommage lorsque l'on est primé, et qui plus est par un prix de la francophonie ! S'y ajoutent des répétitions pénibles, car l'écrivaine semble mettre un point d'honneur à toujours utiliser le verbe "ricaner" ou le mot "ricanement" chaque fois qu'elle évoque son héroïne, Zoé (Maillard).
Puis vers le milieu du livre le ton change. Apparemment, après avoir fait la morale sur la nécessité des cours d'histoire et sur le mauvais comportement de certains ados en groupe, Léonie Bloom semble vouloir donner à son ouvrage une tournure plus psychologique. Elle se lance dans une aventure rocambolesque et peu crédible d'espionnage (qui n'a encore une fois rien à voir avec le sujet), laquelle va pousser les personnages à des recherches, en ville ou par internet les ramenant peu à peu à leurs propres blessures intimes (c'est un peu tiré par les cheveux !).(1)
Le tout pour voir tout le monde craquer à la fin et se tomber dans les bras (ah ! quelle émotion !) quand la demoiselle décide de poursuivre ses études à Brest (tiens oui, au fait, on parlait de lycée, ne quittons pas le sujet)... Le prof d'Histoire devient même un membre de sa famille, trop chouette.
Pour terminer en beauté, voici la fin rose bonbon, du style : "ils furent heureux et eurent beaucoup d'enfants". Tout le monde est casé, le petit Vieux a retrouvé une femme (à 91 ans, pas 92), parfait. Mais je reste sur ma faim et me demande toujours comment ce livre a pu obtenir un prix... ou deux !! (Le second concerne les livres auto-édités).
La seule chose qui m'a plu dans ce livre, c'est de découvrir ce qu'est la "Pointe Saint-Mathieu", au large de Brest. Mais disons que je l'ai surtout découverte en me rendant sur Google maps... J'en entendais parler depuis un moment mais n'avais jamais pu pousser jusqu'à Brest, malgré l'envie que j'en avais.
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(1) Mieux vaut ne pas tout révéler pour le lecteur intéressé, mais il ressort de tout cela que le véritable héros est le Vieil Homme, et le véritable sujet la Marine Française et son histoire. Pour le reste, le livre est bien ficelé et bien enlevé, c'est juste qu'il ne correspondait pas à mon attente...